Rencontres haut de gamme pour jeunes artistes à Cully Classique
MUSIQUE
Le festival présente des projets académiques réunissant jeunes musiciens et artistes renommés.
«Au travers de ces projets, des jeunes musiciens pourront vivre une situation de concert de haut niveau et, peut-être, perpétuer l'expérience acquise au-delà du festival», expliquent Jean-Christophe de Vries et Marcus Hagemann, directeurs. Le Festival Cully Classique, dont la prochaine édition aura lieu du 15 au 21 juin, développe son orchestre de chambre dans une perspective pédagogique.
Une plate-forme d'échanges
Le festival a donné à l'Ensemble Cully Classique une dimension de plate-forme d'échanges et d'expériences pour les étudiants en perfectionnement dans les grandes classes des conservatoires suisses. «Afin de créer une dynamique pédagogique, les premiers pupitres de chaque instrument seront tenus par des musiciens d'expérience, poursuivent-ils. Des chefs et des solistes de renom seront aussi invités, afin de donner à cet ensemble des perspectives multiples sur l'interprétation et le travail orchestral.» Dès 2010, un compositeur réputé écrira, pour cet ensemble, une œuvre qui sera présentée durant le Cully Classique.
Le festival est en contact avec les conservatoires de Lausanne, Genève, Bâle, Berne, Zurich, Lucerne et Lugano afin bien sûr de procéder aux sélections des élèves.
Par le biais de son projet Vis-à-Vis, le festival associe, en outre, la science d'une master classe avec l'expérience du concert et de la scène. Ce deuxième projet consiste à faire jouer ensemble des étudiants en fin de conservatoire avec de grands noms de la musique classique. «Notre action s'inscrit en fait dans l'européanisation qui touche toutes les formes d'études», glisse Jean-Christophe de Vries.
Avec le pianiste Michel Béroff
Le nom Vis-à-Vis exprime l'essence même du projet : mettre ces jeunes au même niveau qu'un musicien reconnu. Ces deux entités se retrouveront durant les cinq jours du festival pour partager leurs dons et leurs visions de la musique de chambre. Chacun apportant à l'autre quelque chose de complémentaire. Ce travail débouchera finalement sur un concert public intégré à la programmation du festival. Cette année, les jeunes auront l'opportunité d'œuvrer de pair avec le pianiste Michel Béroff et le compositeur Jean-Luc Darbellay, entre autres.
CLAUDE BÉDA
Critique : Le Quatuor Voce à CULLY CLASSIQUE
Cordes vocales
Soprano, alto, ténor et basse. Deux femmes, deux hommes, symétrie organique des tessitures. Oui, ce chant-là est affaire de corps épris de souffle, mais son essence prend racine dans le bois et le crin. Le Quatuor Voce porte son nom avec élégance : c'est un chœur de chambre, un entrelacs de voix jouées avec les mains. La jeune formation affichait une présence rare, mardi au concert d'ouverture du festival Cully Classique. Au Temple, porté par une acoustique de pierres vieilles, le carré d'archets (lauréat du Concours de Genève 2006) a défendu des conceptions résolument modernes.
Le guidage par le bas fait toute la différence: le premier violon de Sarah Dayan respire la finesse sans s'imposer, tandis que le violoncelle de Julien Decoin, ample et sonore, génère l'enveloppe primordiale de l'ensemble. Voce, c'est le plaisir des graves retrouvés, l'espace permis à ces voix médianes habituellement trop discrètes (l’alto mordoré de Guillaume Becker!). Debussy et son Quatuor en sol mineur dégagent une volupté charpentée, plus méridionale que parisienne, profitant de quatre timbres aux températures parfaitement fondues.
La suite, ambitieuse, se tourne vers Dutilleux. Ainsi la nuit fait parler les lumières du ciel dans leurs scintillements les plus intimes. L'alto devient l'ombre multiple d'un violon sous une nuit à deux lunes, «Constellations» envole des comètes précipitées, jusqu'à ce final en forme de «Temps suspendu», où le silence s'exclame dans toute sa densité. Autant de qualités qui laissent présager un premier disque réjouissant, à paraitre sous le label Nascor.
Le pianiste Bertrand Chamayou était la principale attraction de la deuxième partie; son album Mendelssohn recevait l'an passe les éloges de la presse spécialisée. C'est vrai que le jeune Français possède cette pureté de la ligne, cette finesse mélodique qui fait mouche dans les thèmes recueillis du Quintette de Franck, en compagnie des membres de Voce. Mais une certaine rectitude de l'expression atténue l'emphase des grands élans, sans invoquer pour autant la profonde ferveur du compositeur belge.
Jonas Pulver
Musique française au 6ème Festival CuIIy Classique
Le lyrisme ardent du Quatuor Voce
Avec Debussy, Dutilleux et César Franck à l'affiche, et avec le concours de l'excellent pianiste Bertrand Chamayou dans le Quintette en fa mineur en seconde partie, le jeune Quatuor Voce ouvrait les feux du 6ème Festival Cully Classique, le mardi 16 juin au Temple. Une très belle soirée d'ouverture d'une manifestation qui, à l'enseigne de «L'Hexagone», consacrait une part prépondérante de sa programmation la musique française.
Constitué en 2004, formé de Sarah Dayan et Cécile Roubin aux violons, de Guillaume Becker à l'alto et de Julien Decoin au violoncelle, le Quatuor Voce possède bien l'esprit de cette conversation quatre qui constitue l'essence même du quatuor cordes. Chacun parle de sa voix propre tout en portant une attention constante l’équilibre sonore de 'ensemble, au gré d'un dialogue parfaitement soudé d'un interprète à l'autre.
Musique hexagonale
Dans le Quatuor en sol mineur, de Claude Debussy, le Quatuor Voce passe avec aisance d'un climat à l'autre. Le jeu est fluide et limpide, la sonorité veIoutée et sensuelle, la matière élastique à souhait. Dans Ainsi la nuit, pour quatuor cordes, de Henri Dutilleux, au-delà d'une lecture intense et parfaitement structurée du texte - fusion des timbres remarquable, enchaînements et complexités rythmiques dominés à la perfection - les interprètes laissent sans cesse affleurer la poésie, l'aspiration spirituelle d'une musique étrange et fascinante.
Elégance et passion
Dans le Quintette en fa mineur, de César Franck, avec la remarquable complicité de Bertrand Chamayou, ils impriment un lyrisme ardent, une grandeur épanouie, riche de contrastes dynamiques toujours subordonnés au souci de la grande ligne et de la progression dramatique, à une partition monumentale et grandiose, domine de bout en bout avec élégance et passion.
Programmation écIectique
Neuf concerts, une opérette, mais aussi, du 15 au 21 juin, des activités pédagogiques et musicologiques, une création de Jean-Luc Darbellay, des conférences, deux expositions, des dégustations de vin : l'éventail de l'offre de ce 6ème Cully Classique était d'une étonnante richesse.
Yves ALLAZ
Critique: les artistes du Berliner Ensemble à Cully Classique
Le magnifique trait d'union de Brecht en exil
Mine épatée d'apprentie sorcière et épis d'elfe dans sa tignasse blanche, Carmen-Maja Antoni a l'éclat de voix caméléon et le regard brillant, presque candide, on peine à la croire sexagénaire. Manfred Karge, lui, scrute par les fentes d'un regard impénétrable, avec une prestance de Monsieur Loyal vêtu de noir. De vrais personnages, qu'ils endossent pour mieux en jouer d'autres, quelques destins inventés par Bertolt Brecht et promis à la moulinette. Leurs sorts de suie transpirent la montée nazie des années 30 et l'injustice sociale, mais elle finit par ricaner, Carmen la terrible, avec un onzième degré tout berlinois.
Berlin. C'est là d'où ils viennent, tout comme la jeune actrice Katharina Spiering et le pianiste Alfons Nowack, qui les ont accompagnés sur scène, samedi soir à la Salle Davel de Cully. Ces membres du Berliner Ensemble, fondé par Brecht en 1949, ont retracé les années d'exil très prolifiques de leur mentor dans toute l'Europe et aux Etats-Unis, à travers textes dits ou mis en musique par Kurt Weill, Hans Eisler ou Paul Dessau.
De «l'Opéra de quat'sous » à «Mère Courage et ses enfants » en passant par «Maître Puntila », la langue allemande caresse des haleines de cabaret échauffé ou crisse de délicieuses imperfections, avec cette distanciation loufoque, désagréablement exquise, qui rend à peine supportable la violence des mots (Lied vom Weib des Nazi-Soldaten, Lied von der grossen Kapitulation).L'émotion se fait plus dense encore en fin de pro- gramme: Manfred Karge récite «A mes successeurs ». Il y a 47 ans, Helene Weigel, veuve de Brecht, l'engageait à Berliner Ensemble.
En première partie de soirée, le Quatuor Sine Nomine livrait un K589 de Mozart chaleureux, quoiqu'un peu vain. Ils ont davantage impressionné dans l'architecture granitique du Quatuor n°3 d'Honegger, puissant et organique.
Jonas Pulver
Critique: Cédric Pescia et le Quatuor Terpsycordes au Festival CULLY CLASSIQUE
Bloch, un génie suisse
Les primes lueurs du XXe siècle ont révélé des œuvres aux couleurs insoupçonnées, jeudi soir au Festival Cully Classique. Investi par des inspirations toutes helvétiques, le programme proposait en particulier le Quintette pour cordes et piano d'Ernest Bloch (18801959), compositeur suisse dont on commence aujourd'hui seulement à mesurer la force et l'originalité.
Entrelacée et fondue, l'écriture de Bloch charrie l'écume de fleuves nocturnes, et leurs courants postromantiques sont gagnés ici et là par des effets de timbres surprenants, comme cette utilisation du quart de ton, qui teinte l'ensemble d'accents expressionnistes. Cédric Pescia et le Quatuor Terpsycordes y font merveille, magnifiquement galvanisés. Tandis que le piano se languit dans une incertitude de trémolos, les archets, chauffés à blanc, fendent ces brumes nostalgiques et amorcent les premiers déchaînements. L’ampleur rappelle Rachmaninov, avec les couleurs harmoniques d'un Richard Strauss. Après l'ostinato cardiaque du deuxième mouvement, l’ « Allegro energico » conclusif laisse le champ libre à un Cédric Pescia survolté, tandis qu'en surplomb l'essaim des cordes menace. La sérénité de la coda, longue et tranquille, ne sera pas superflue pour calmer les souilles embrasés.
Dans le Trio en la mineur de Ravel qui ouvre la deuxième partie, les Allemands de Trioskop peinent à exalter tous les parfums de la partition. Le geste est appuyé, démonstratif, entre un mouvement lent quasi immobile et des séquences brillantes un peu surfaites. Cette verve bonhomme trouve meilleur écho dans le Trio sur des mélodies populaires irlandaises de Frank Martin, truculent et enlevé.
Le concert s'est clos sur douze minutes de pure exubérance, avec la trop rarement jouée Kammermusik n°1 de Paul Hindemith pour 12 instruments solo. Cette œuvre néoclassique déploie une formation plutôt hétéroclite: la flûte se frotte au basson et à l’accordéon, le piano harponne quelques basses autoritaires, et les cordes s'enroulent en serpentins ricanants, sectionnés nets par quelques interventions de percussion jubilatoires. La direction très précise du jeune chef Antoine Rebstein canalise parfaitement la fougue de l'ensemble ad hoc, tantôt doucereux, tantôt tonitruant, toujours volubile.
Jonas Pulver
Sortir. CULLY CLASSIQUE lieu par lieu
ANCIEN PRESSOIR
Chaque jour, des présentations gratuites permettent à chacun de se familiariser avec l'esthétique et le contexte historique des œuvres jouées plus tard au concert, à travers des éléments biographiques et des clés d'écoute, sous forme d'exposés ou d'interviews (Thomas Demenga me 4, Carmen-Maja Antoni et Manfred Karge sa 7). Une belle manière d'approcher, par exemple, les splendeurs parfois méconnues du XXe siècle.
BRECHT ET LE BERLINER ENSEMBLE
Une soirée aux ambiances de cabaret satyrique et génialement déglingué, avec en toile de fonds l'inquiétante montée nazie des années 1930 et 1940, ou comment les années d'exil de Bertolt Brecht se reflètent dans trois de ses plus importantes collaborations musicales. Les textes et Lieder sur des musiques de Kurt Weill (l'Opéra de quat'sous), Hans Eisler et Paul Dessau seront dits et chantés par Carmen-Maja Antoni, Manfred Karge, et Katharina Spiering, trois des plus éminents représentants actuels du Berliner Ensemble, fondé par Brecht avec sa femme Hélène Weigl, un an après son retour à Berlin, en 1949.
SALLE DAVEL
Centre névralgique du Festival, la Salle Davel offre aux amoureux de la musique de chambre des conditions d'écoute idéales. Mieux, au Cully Classique, le concert se vit dans l'intimité, grâce à une scène abaissée et rapprochée du public, histoire de se sentir emporté à tous les coups par le souffle des interprètes. Et parce que l'émotion s'écoute aussi avec les yeux, on se laissera volontiers envoûter par la mise en lumière et en espace de quelques soirées prometteuses. Comme ces extraits du Cornette de Frank Martin, avec la mezzo Brigitte Balleys et Cédric Pescia au piano, véritables tableaux musicaux inspirés par les textes du poète Rilke(ve 6). Ou encore ces Années de pèlerinage en Suisse de Liszt (avec le pianiste Christian Chamorel, di 8), mises en relief par la récitante Delphine Horst et quelques souvenirs de la comtesse Marie d'Agoult, compagne lettrée du compositeur hongrois.
TEMPLE
C'est le lieu des formations plus conséquentes, qui y trouvent l'espace nécessaire pour se déployer librement. Le jeune chef et pianiste lausannois Antoine Rebstein dirigera la frénésie colorée du Divertimento pour orchestre à cordes de Bartòk, composé loin des tumultes de 1939, au cœur de l'Oberland bernois (mer 4). Le Quatuor Terpsycordes et Cédric Pescia se retrouveront dans le monumental Quintette avec piano de Bloch, qu'ils ont déjà défendu avec talent et fougue plusieurs fois l'année dernière. Le Trio en la mineur de Ravel chef-d'œuvre de la maturité, et le dynamisme parodique de la Kammermusik n°1 pour 12 instruments d'Hindemith complètent la soirée (je 5).
Jonas Pulver
Le Festival CULLY CLASSIQUE se met au diapason d’une demande en croissance
Malgré une augmentation du nombre de concerts, le public en redemande. Dans une région désormais inscrite à l'Unesco, le festival pourrait être étendu sur dix jours en 2009. Treize collaborateurs ont déjà été engagés pour l'édition de juin prochain.
«Les nombreux témoignages de sympathie d'un public qui en redemande, entre autres, nous incitent à étoffer notre manifestation», confie Jean-Christophe de Vries, codirecteur du Festival de musique Cully Classique. Créée il y a cinq ans, la manifestation, dont la prochaine édition aura lieu du 4 au 8 juin, connaît un succès qui ne se dément pas. En 2004, les deux concerts agendés (un d'ouverture et un de clôture) avaient attiré 150 spectateurs. L'an passé, ce ne sont pas moins de 1200 personnes qui ont suivi les six concerts au programme. Parti de presque rien, hormis un cadre magnifique et la passion de ses initiateurs, le Cully Classique s'est vite enrichi, dès 2005, d'un pan musicologique, puis a complété son programme à la salle Davel par des concerts au temple de Cully en 2006. La même année, des dégustations de vins de la région ont été mises sur pied après chaque production, moments de convivialité avec les artistes. Plus récemment, des projets scéniques et pédagogiques avec des écoles ont été développés. Si bien que l'organisation entre amis des débuts s'est transformée en une structure plus solide, incarnée désormais - avec les treize collaborateurs qui viennent d'être engagés - par une équipe de 30 personnes, en plus d'une vingtaine de bénévoles.
Au goût du jour
«Parmi les raisons qui contribuent à notre succès figure le site de Cully, qui se prête admirablement bien à notre festival, les liens que les habitants de ce petit village de 1800 âmes entretiennent avec la culture en général, l'esprit et les spécificités propres à notre manifestation, qui sont apparemment au goût du jour», commente Jean-Christophe de Vries. Ces spécificités sont notamment constituées par la qualité et le caractère intimiste des concerts et la jeunesse des musiciens (30 ans en moyenne). «Notre but est de développer le festival dans le sens d'une collaboration générale, entre musiciens, habitants et diverses institutions»; poursuit-il. Dès lors, en juin, six expositions, consacrées à la thématique des «années suisses», seront montées par 18 étudiants en musicologie de l'Université de Genève. Tous les artistes seront, par ailleurs, logés par les habitants de la région. Enfin, pour répondre à la demande, les organisateurs envisagent d'étendre le festival de cinq à neuf jours dès 2009.
Claude Béda
Avant l'été, le classique s'offre un bain de fraîcheur
FESTIVAL • Coup d'envoi ce soir du quatrième Cully classique, une des manifestations musicales les plus dynamiques du Léman. Rencontre avec Jean-Christophe de Vries.
«Outre les artistes, la moyenne d'âge de nos 16 collaborateurs et 20 bénévoles n'excèdent pas 30 ans.» Jean-Christophe De Vries, tout juste 25 ans, ne cache pas son enthousiasme. Il est, avec Marcus Hagemann, codirecteur de CULLY CLASSIQUE, jeune festival lové entre lac et vignobles. Dès ce soir et jusqu'au 17 juin, le bourg voisin de Lausanne accueille six concerts articulés autour du thème «ln Memoriam», à comprendre comme «la mémoire au sens large». De Marin Marais à Crumb en passant par Ravel, la programmation, axée sur la musique de chambre, affiche un éclectisme réjouissant.
A Cully, pas de stars internationales, mais de jeunes artistes suisses et européens dont la réputation n'est plus à faire. On est bien loin des festivals valaisans - Verbier. Gstaad ... -, où la surenchère de célébrités n'a d'égale que le prestige des sponsors. Les quatuors Terpsycordes et Talis, les berlinois de TRIOSKOP, ou encore les pianistes Cristina Marton et Anglaia Bätzner - deux protégées de Martha Argerich - sont, entre autres, à l'affiche de la manifestation.
Parti de rien il y quatre ans, le festival dispose aujourd'hui d'un budget de plusieurs centaine de milliers de francs, explique Jean-Christophe de Vries. Une somme modeste pour un événement culturel, mais une belle progression tout de même. «La passion reste notre moteur principal, poursuit-il, d'avantage que la satisfaction des sponsors ou la quête du profit maximal.»
Un état d'esprit qui transparaît dans la programmation. Ainsi, on pourra entendre à Cully nombre de chef-d' œuvres du XXe siècle, rarement joués pour la plupart. A commencer par le Quintette avec piano de Schnittke, donné demain soir entre L'Ode à Napoléon de Schonberg et le Trio avec piano de Tchaikovsky. Chère au jeune directeur, «c'est une des œuvres qui a inspiré la thématique générale du festival. Ecrite pour la mère défunte de Schnittke, la poésie de la partition m'est particulièrement essentielle.»
Vendredi, il ne faudra pas manquer Black Angels de Crumb, pour quatuor amplifié, réminiscence de la guerre du Vietnam. Enfin, le concert de clôture dimanche permettra d'apprécier le Journal d'un disparu de Janacek, insondable cycle vocal hanté par la liaison du compositeur avec une femme de 40 ans sa cadette. Il tient à cœur à Jean-Christophe de Vries de familiariser son public à ces œuvres magistrales. Ainsi, des conférenciers de grande renommées - Frans Lemaire, entre autres - viendront présenter les œuvres avant chaque concert et lors de deux séminaires samedi et dimanche. Séminaires qui «donnent des clés de compréhension pour les œuvres interprétées durant la manifestation et offrent également des ouvertures sur d'autres points historiques ou biographiques propres aux sujets abordés», explique Jean Christophe de Vries. Dernier point remarquable, le festival passe depuis cette année des commandes à de jeunes compositeurs. Ainsi, des œuvres du genevois Gregorio Zanon - dont un disque vient de paraître chez Claves - et du français Karol Beffa seront proposées en création.
Par ailleurs, une dégustation de vins de la région accueillera les mélomanes après chaque concert. Et, comme annoncé dans le programme, un des must de la manifestation reste la traditionnelle baignade du samedi après-midi. Un coup de fraîcheur dans le panorama des festivals de l'été.
Jonas Pulver
MUSIQUE DE CHAMBRE
Troisième édition de Cully Classique
Musicien d'avant-garde de la Jeune URSS, déchiré entre sa volonté de liberté d'expression et l’emprise d'un parti omnipotent, Dimitri Chostakovitch (1906-1975) est actuellement le compositeur du 20e siècle le plus joué dans le monde. Particulièrement en cette année célébrant le centenaire de sa naissance…
Le festival Cully Classique a choisi de lui dédier sa programmation 2006. Plusieurs œuvres de sa musique de chambre seront données, dont trois de ses quatuors à cordes, ses deux trios avec piano et son quintette avec piano. Une belle présence de sa musique vocale avec formation de chambre est à relever, avec les mélodies populaires hébraïques, les sept romances, sur des poèmes d'Alexandre Blok et la très méconnue « Préface à l'édition intégrale de mes œuvres et remarques à propos de cette préface" pour basse et piano. Enfin le programme comprendra également "Rayok antiformaliste", dans une mise en scène de Jean-Christophe de Vries. Cette cantate satirique pour quatre basses, chœur mixte et piano, tourne en dérision une séance du Parti Communiste autour du formalisme en musique, un thème très préoccupant à l’époque de Chostakovitch.
Après le thème, les variations: une exposition sur le compositeur sera proposée par Lisa Hernandez dans le hall de la Salle Davel pendant toute la durée du festival, retraçant sa biographie et son œuvre au travers de manuscrits, de facsimilés et de photographies Une heure avant chaque concert, d l'Ancien Pressoir, chaque programme fera l'objet d’une présentation. Et ne pas rater les dégustations de vins de la région, chaque soir de concert à 22 heures, signes de l'intégration parfaite de ce festival dans le panorama multi-culturel de la région.
Olivia Larguèze
Nouvelles notes en grappes à Cully
La naissance d'un festival passe souvent par des voies surprenantes. Le Festival Cully Classique, dont la 3e édition aura lieu du 22 au 25 juin, est né à Berlin. Le violoncelliste allemand Marcus Hagemann vient régulièrement à Cully car son luthier y réside. Rapidement, il rêve d'organiser des concerts de musique de chambre dans le bourg du bord du lac. II croise, dans la capitale allemande, le Lausannois Jean-Christophe de Vries, qui y étudie la musique, et lui parle de son projet. De retour en Suisse, Jean-Christophe de Vries monte avec son ami une première édition du festival en 2004: deux concerts avec le trio Trioskop emmené par Marcus Hagemann. «C'était le minimum pour lancer un festival, note avec humour Jean-Christophe de Vries, un concert d'ouverture et un concert de clôture!»
Depuis, la manifestation ne fait que prendre de l'ampleur: trois concerts en 2005, cinq cette année. Et pour 2007, son cofondateur espère atteindre enfin une taille idéale, en développant les trois piliers du projet: accent sur la musique contemporaine - cette année ce sera Dimitri Chostakovitch; participation active de musicologues pour présenter les compositeurs; et dégustation de vins régionaux à l'issue des concerts.
Jean-Christophe de Vries n'en est pas à ses débuts d'organisateur. Actif depuis des années au Festival de Verbier pour l'accueil des artistes, il sait désormais quels sont les musiciens qui l'intéressent: ceux qui sont capables de générosité, de tout donner sans compter, capables aussi de «se jeter au lac sur un coup de tête» entre deux concerts! Parallèlement, au sein de La Fondation, il multiplie depuis 2003 des performances insolites et éphémères dans la cité.
Destiné à perdurer, Cully Classique cultive aussi cet état d'esprit convivial et délicieusement décalé. Passionné de mise en scène, Jean-Christophe de Vries soigne les détails en inventant pour chaque concert une approche scénique novatrice et porteuse de sens. Il faudra s'attendre à quelques surprises.
Matthieu Chenal